Ça m’échappe. 

 

Ça m’échappe, en fait je pense que ça m’a toujours échappé. Justement, on pense garder le contrôle dans tous les domaines, pour ne jamais être déstabilisés. Mais la vérité est qu’en gardant ce contrôle, on risque de le perdre à tous moments. Quand on rencontre une personne qui le prends, du jour au lendemain, aussi discrètement que possible. Petit à petit. Progressivement. On ne s’en rends pas compte. C’est comme si l’on s’endormait, d’abord tout doucement puis tout d’un coup. La confiance arrive de jour en jour. On laisse du mou à la corde. On lâche prise. Et juste à cet instant, on perd le contrôle. Et c’est vraiment ça qui m’échappe. Comment peut-on lâcher prise s’en même s’en rendre compte ? Comment peut-on abandonner si rapidement ? Ça m’échappe. Et ça m’échappera toujours. 

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Alzheimer

Que feriez-vous si du jour au lendemain, tout ce que vous avez construit s’évaporait ? Si vos souvenirs s’étaient envolés ? Comme si quelqu’un vous les avaient volé ? Il est difficile d’accepter de vivre avec cette maladie. Difficile de se rendre compte que tout ce que l’on vit, ne serra peut-être plus dans notre mémoire quelques secondes plus tard. Oublier ses proches, sa famille, la notion du temps, la notion du danger. Comme si toute votre vie était en suspend, comme mise en pause, et que le bouton de réactivation n’existait pas. Mais le pire, c’est que vous vous ne rendriez compte de rien, car votre existence même serait mise en suspend. Vous êtes un corps, vous êtes à l’état physique, mais votre esprit n’est plus là. Je ne peux pas me permettre d’essayer de comprendre, car je ne le vis pas. Mais je pense que le pire doit être pour la famille, les amis, et tous les gens que l’on rencontre au cours de sa vie. Car ils ne sont plus connus, comme s’ils n’avaient plus d’identité, d’un coups, comme ça. Puis, vient le vide total, les mots sont oubliés, les syllabes, les sons. Plus rien ne vous permet de communiquer, vous ne vous souvenez de rien. A quoi pensez-vous ? Pensez-vous ? N’êtes vous pas juste qu’un corps qui attend la mort, sans pensée, sans vivacité ? S’il y a bien un enfer, c’est cette maladie. Peut-être est-il mieux d’avoir une maladie, certes, mortelle, mais qui n’atteint pas les souvenirs, qui n’effondre pas les murs porteurs de votre propre existence. Car avec un cancer, par exemple, on sait qu’on va mourir, là on ne se rend compte de rien. La vie passe, sans nous attendre et emporte avec elle, les souvenirs les plus merveilleux, pour nous laisser dans cet état d’asphyxie qu’est l’oubli.

Inspiré par « Still Alice ».

La lacheté de l’esquive.

Vous êtes jeunes, encore des enfants,

Et pourtant, vous ne pouvez vous faire à l’idée que le monde dans lequel vous vivez et le même que celui de vos grand-parents.

Tout est cher, tout est difficile. Même trouver l’amour semble impossible.

J’ai certainement rien à dire sur le sujet, parce que trop jeune, parce que trop bête, parce que trop ignorante.

Enfin, ce qu’ils diront.

Ma génération est abimée : née en pleine crise économique, apprenant à marcher avec les attentats du 11 septembre, apprenant à vivre avec le divorce de nos parents, à se révolter pour Charlie, en sortant les dents.

Il ont juste oublié de nous apprendre à aimer, à croire en la beauté des choses.

Bien évidement, on nous a expliqué les deux grandes gueures, Hitler, Auswitch,

On nous a montré la haine et le sang.

Puis on nous a expliqué comment se protéger, procréer, accoucher, avorter.

Mais rien sur le fait d’être amoureux pour la première fois. Pas de manuel pour gérer ses sentiments, pas d’indication pour les ruptures, pas d’encyclopédie sur l’amour.

Aucun exemple, aucun repères, étant donné qu’il n’y a plus nos pères.

Alors on a peur, comme des enfants devant un monstre. Une porte blindée, un mur cimenté, comme seule règle du jeu : ne pas en crever.

Alors oui, survire sera certainement difficile dans cette société,

Oubliez votre anxiété, et surtout, il vous faut vous rappeler :

Les actes de nos parents ne sont pas a répéter,

Pardonnez, enseignez, apprenez,

Au lieu d’éviter.

Il n’y a jamais de calme après la tempête.

Puis vient le vide, cette océan sans vague, sans perturbation, sans aucun mouvement. La tristesse d’un être vide, inerte, inexpressif. Un corps,  rempli de méchanceté, de perversion, de stratégies réfléchies, de manipulation. Cette âme putride, renfermée sous cette lourde, pesante, inexplicable, parfois inutile, carapace. Une protection qui semble être indispensable pour la personne en qui la confiance en soi n’est plus, pour qui le bonheur n’est plus, pour qui l’amour n’est que séduction, mensonges, et attirance physique. L’intérieur, plat, rempli de haine, d’injustice, de blessures ouvertes, qui ne cicatriseront certainement pas. Des paroles pour soigner les maux, des actes pour soigner les pensées, des mensonges pour soigner la tête. Une envie de changer, de se remettre en mouvement. Mais l’âme reste vidée de toute sensibilité, de toute pitié, de toute crédibilité. Quand une autre âme sauvagement susceptible d’être sœur à la votre, vous rencontre, l’eau reprend son cours, la vie se réanime, les vagues et les tempêtes se remettent en marche.  Mais la tempête laissera des conséquences, sur cette âme jumelle, elle transformera l’eau en arme, l’eau en larme. Pour terminer par venir s’écraser sur le sable, à la prochaine marrée.

L’amitié s’égare.

Étrange sensation que l’amitié fragile et incertaine. Elle se tisse, lentement comme une toile araignée. Se tricote avec précaution comme un vêtement vulnérable. Puis, le tremblement de trop, le geste de trop. Pour tout ruiner, tout détruire. Cette base sereine, que l’on pensait sincère, entourée d’une relation de confiance, s’évapore en fumée, d’un moment à l’autre. Cette rapidité est violente, douloureuse, pesante, incroyablement bouleversante. Surtout dans le cœur d’une adolescente. Ce jeune cœur, encore puéril, égoïste, qui laissait de la place à autrui. Ce cœur qui s’ouvrait, racontait ses plus douloureuses pulsations, dans les recoins sombres et mystérieux de ses artères, qui allait même chercher plus loin, jusqu’au bout de ses veines, pour en sortir la plus petite, la plus inutile goutte de sang. Ce don, était pour ce cœur, quelque chose d’extraordinaire, car il partageait avec un autre esprit, bien similaire au sien, la merveilleuse et naïve chose qu’est l’amitié. Sentiment multiplié par mille lors de l’adolescence, tordu dans tous les sens, lavé à grande bouée, plus traumatisant qu’un sentiment amoureux, une envie d’honneur un beau matin. On se crée une famille amicale, chaque membre à son rôle, chaque membre est indispensablement important, mais quand l’amputation arrive, il n’est plus l’heure de la transplantation.

Avant que la rose fane.

Je n’ai jamais compris pourquoi les fleurs devaient faner. Pourquoi elles devaient mourir. Quand nous les avons chez nous, on n’y fait pas attention. Ma mère était heureuse d’en recevoir, on lui en offrait en signe de pardon, d’excuses. Quand on en avait besoin. Ces fleurs étaient accueillis avec un immense sourire, parfois quelques larmes de joie. Elles accompagnent les déclarations d’amour, les premiers rendez-vous, les demandes en mariage. On ne se rend pas compte que cette jolie rose est en train de mourir. On ne se rend pas compte qu’elle est en train de souffrir, on est juste heureux de l’avoir, quand on en a besoin. Puis un jour, elle commence à perdre une, deux, trois pétales. On en prend soin, on ne veut pas qu’elle parte, on ne lui demande pas pardon. Des excuses pour l’avoir laisser seule, dans son vaste pot de fleur, pour seul compagnon ce liquide. On l’aidait à la laisser l’absorber, malgré l’ivresse que ses pétales renvoyaient. Puis ce n’est qu’un jour, après une sale journée, que l’on découvre son état, que ce silence est rompu, que la vérité éclate. Cette rose meurt, il est maintenant trop tard pour la sauver. Mais cette rose, précisément, ne sera plus jamais comme avant. Ces pétales roses, cette tige verte, cette eau trouble. Tous ces souvenirs deviendront vagues au fil des jours, des mois, des années. Alors, occupez-vous d’elle. Avant que la rose fane.

L’ascenseur.

La perception d’une vie amoureuse nous fait peur. L’amour en lui même nous fait peur. Il fait peur à tout le monde, seulement, parfois, quelques personnes ont le courage de prendre ce risque. Pour ces personnes, notre vision de l’amour, leurs semble étrange, incompréhensible. Parce qu’ils n’ont jamais eu peur de vivre, parce qu’ils n’ont jamais eu peur d’aimer, parce qu’ils n’ont jamais eu peur de souffrir. Alors oui, on vous dira que ça peut être beau, épanouissant, d’aimer. On vous dira aussi, que si vous ne vous lancez pas, vous allez finir seuls. Mais, un amour pur et véritable, peut-il durer tout une vie ? Les sentiments que l’on a l’un pour l’autre, peuvent-ils survivre ? Et ce désir ? Ce besoin d’être proche de l’autre, cette sensation de sécurité lorsque l’on est dans ses bras ? Le stress, l’angoisse que l’on ressent lors de ce premier baiser ? Est-il sincère cet amour ? Ne vous sentez vous pas coupable de perdre cette attirance ? De franchir la frontière de l’amitié, de la sympathie ?

Il est vrai qu’à l’adolescence, nos sentiments sont divers, on passe de la passion, à l’indifférence. De l’amitié à l’amour. Je qualifierai ça comme un « ascenseur émotionnel »  On se réveille un matin, on voit une personne, et nous tombons amoureux. Il y a quelque chose de très enfantin, comme un caprice. On veut quelque chose, et si on ne l’a pas, on passe à autre chose ou on insiste. Cette adolescence, peut nous ruiner, comme nous faire grandir. C’est justement l’âge où l’on découvre beaucoup de choses. La sexualité, les sentiments, les « rangs sociaux », la façon dont il faut s’habiller, la façon dont il faut penser. Alors, que nous ne devrions pas, chercher à comprendre cette période d’attente entre deux étages, dans l’ascenseur.