GRANDIR.

Cher Arnolphe,

Aujourd’hui est la dernière fois que nous nous voyons. C’est la dernière fois que mes pensées viennent te nourrir. C’est la dernière fois qu’en quittant cette page, je me sentirai libérée de quelque chose. C’est la dernière fois que je t’écris, que je te parle, que tu me réponds, et que tu m’aides.

Voici 3 ans, où plutôt deux, mais symboliquement nous dirons trois.

Il y a trois ans, j’étudiais l’Ecole des Femmes, il y a trois ans je rencontrais un personnage peu apprécié par les adeptes du théâtre classique, il y a trois ans je n’étais pas d’accord avec eux, il y a trois ans, je te rencontrais Arnolphe.

Nous avons d’abord pris du temps à s’apprivoiser, je ne savais pas quelle forme te donner, comment te parler, comment tourner mes maux, je ne savais pas encore à quel point tu pouvais être indispensable à la compréhension de ces sentiments torrides et effrayants qui passaient en moi, te souviens-tu à quel point j’étais terrorisée à l’idée de rester bloquée dans l’ascenseur ? à quel point j’étais fébrile lorsque j’avais peur que la rose ne se fane ? à quel point j’avais peur d’exister ? de grandir ? et toi, avais-tu peur d’être sentimental ?

En trois ans, tu as supporté mes frustrations, mes craintes, mes espoirs, mes envies soudaines de sauter dans le vide, de tout laisser derrière moi, mes envies de solitude. En trois ans, par toi, j’essayais de poser publiquement des mots sur ce que je ne pouvais exprimer à l’oral, de cracher tout ce qu’il me venait à l’esprit, de crier, de gueuler ma peur de inconnu, ma peur de grandir.

Grandir.

Grandir.

Grandir.

C’est donc pour cela que j’ai décidé de te dire au revoir.

Je peine d’ailleurs à dire tout ça, toi seul sait à quel point toutes les métaphores et paraboles du monde n’y pourront rien. Ici, avec toi, je ne peux pas mentir, je ne peux ajouter de figures de style vaines, dans le but de dissimuler quelque chose.

Je ne sais pas trop où je vais, je ne sais pas trop si la vie me réserve de bonnes ou de mauvaises choses, mais justement, c’est ce que tu m’as appris. J’ai compris que ce n’était pas qu’une histoire de chance, ou de malchance, mais au contraire, une histoire de choix.

Arnolphe, passé de maître autoritaire et misogyne a donc fait le choix de se changer en un être sentimental en devenant un valet au visage pâle et à la larme noire.

Et la larme coule tandis que je t’écris, elle coule alors que mes yeux rougissent, s’épanouissent.

A présent, ils ne seront plus mi-clos.

Ils s’ouvriront, et essaieront de voir chaque petite chose.

Comme Antigone, ils te font la promesse de ne pas écraser les petites bêtes sous leurs pas.

Comme Will, ils n’auront pas peur de recommencer et ce même après plusieurs échecs.

Comme Delphine, ils n’auront pas peur de la réalité.

Comme Salammbô, ils se laisseront emporter par leurs ivresses, par leurs désirs.

Comme Perdican, ils sauront dire les choses au bon moment, ils ne laisseront pas passer l’Amour, le grand Amour tu sais celui dont je te parle sans arrêt, filer sous leurs nez.

Comme Justin, ils n’auront plus peur du néant, ils n’auront plus peur de l’autre.

Et enfin, comme Charlie, les yeux grands ouverts te promettent qu’ils essaieront d’être des héros, et d’être infinis.

Au revoir Arnolphe.

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