ça m’a toujours fait peur les rentrées.

Les crayons sont neufs, le papier sent bon, les couloirs du lycée sentent la peinture.

Les élèves sont habillés différemment, comme s’ils avaient changés en deux mois.

Les profs n’ont pas le visage terne, ils n’ont pas le visage fatigué. Au contraire, ils sont tirés à quatre épingles, cravates, chemises, charme naturel du professeur.

Une nouvelle année est lancée, l’amertume du levé, la douceur du petit-déjeuner, la lenteur parfois du trajet, et la vitesse de la journée.

J’ai toujours eu peur des rentrées. Parce que c’est comme si on recommençait à zéro, mais sans rendre compte. Comme si on n’acceptait pas de grandir. Comme si on n’acceptait pas de prendre des responsabilités.

Bien sûr qu’on sait que ça va être difficile, que la fatigue va bientôt faire son grand retour, que les garçons continueront à nous briser le cœur, que nos camarades ne seront pas toujours tendres avec nous, comme on ne le sera pas forcément avec eux. Mais c’est la loi de la jungle. C’est comme ça que ça se passe ici.

Les secondes sont les nouvelles têtes, les animaux de foires, les distractions. D’ailleurs on y pensant bien, ça fait bizarre de dire ça, parce que il y a peine deux mois, nous étions à leur place. Mais tout nous semble si lointain. Comme si ça s’était passé dans une autre vie. Encore un concept compliqué j’imagine.

Ca m’a toujours fait peur les rentrées. Parce qu’on sait pas toujours dans quelle classe on va tomber. Dans le cas le moins chanceux, nous avons presque l’impression que le monde s’écroule. Oui, les autres ne comprennent pas, ils ont eu de la chance eux, pourquoi moi ? Mais on s’y fait, et tout va mieux.

Les cours nous semblent passionnants, comme si nous n’avions jamais vraiment écouté un cours. Comme si tout semblait différent maintenant. Comme si nous avions atteint une certaine maturité dans nos actes et paroles. Comme si il y avait eu une espèce de renaissance.

Certes, le mot « rentrée » souvent rejeté des écoliers, nous parait soudainement nécessaire. Comme si l’idée d’avoir des journées planifiées nous rassurait et que maintenant, nous avions l’impression de ne plus perdre notre temps.

Alors on retrouve les amis, pas tous, certes, mais quelques uns.

On redécouvre l’odeur du matin, du midi, du soir, du couché, du sommeil réparateur, du levé difficile.

La rentrée ça m’a toujours fait peur, mais cette année c’est différent, comme si c’était une admission par baptême dans une nouvelle confrérie, enfin un truc de fauve.

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